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Peut-on agir sur les contructions mentales qui freinent la capacité à apprendre ?
Comment le "Fixed Mindset" nous limite...

Quel parent, professeur, manager ou coach ne s'est pas posé cette question ? Qui n'a pas à un moment ou à un autre de sa vie personnelle ou professionnelle désiré voir une personne de son entourage évoluer et apprendre ? Et pourquoi certaines personnes s'accommodent facilement des changements et mettent en œuvre rapidement de nouvelles façons de faire alors que d'autres semblent privilégier un certain immobilisme ? Quels sont les ressorts de notre esprit qui facilitent ou au contraire freinent notre capacité à apprendre ?

Cet article est le premier d'une série consacrée à ces questions. Il parle de l'importance de l'état d'esprit "Mindset" et de la réaction face à l'échec dans le processus d'apprentissage.

En effet, l'échec est souvent une étape nécessaire pour acquérir de nouvelles compétences.

Si on prend l'exemple de l'acquisition de la marche par les bébés, on ne peut être que fasciné par l'extraordinaire résilience des enfants face à l'échec. Un bébé tombe un nombre incalculable de fois avant de maîtriser la marche.

En revanche, lorsque l'on étudie des populations plus âgées, on constate que les réactions vis-à-vis de l'échec diffèrent très nettement. Pourquoi certaines personnes rebondissent-elles tout de suite après un revers et alors que d'autres se morfondent dans un sentiment d'inefficacité et d'impuissance ? Pourquoi certaines personnes se remettent tout de suite à l'ouvrage alors que d'autres abandonnent à la première déconvenue ?

Ces questions sont naturellement fondamentales dès qu'il est nécessaire de mettre en œuvre des formations stratégiques ou accompagner la conduite du changement.

Carol Dweck, professeur de psychologie sociale à l'Université Stanford, s'intéresse depuis une quarantaine d'années à l'attitude des élèves vis-à-vis de l'échec. Elle a remarqué que certains élèves réussissent rapidement à rebondir après un échec alors que d'autres semblent bouleversés et même bloqués après un revers mineur.

Avec son équipe, elle a orienté ses recherches sur les différentes représentations que nous avons de nous-mêmes et comment ces représentations affectent nos comportements et notre capacité à nous adapter et à apprendre.

Après avoir étudié le comportement de milliers d'élèves, le docteur Dweck a défini les termes "Growth Mindset" et "Fixed Mindset" dans son livre "Mindset", pour décrire les deux croyances fondamentales qu'ont développé les humains pour envisager leur intelligence et leur capacité à apprendre.

"Fixed Mindset" vs "Growth Mindset"

"Fixed Mindset" représente l'état d'esprit des personnes qui considèrent que l'intelligence et les compétences sont pratiquement fixes depuis la naissance. A l'inverse, "Growth Mindset" représente l'état d'esprit de celles et de ceux qui considèrent que l'intelligence évolue, que l'on n'arrête pas d'apprendre et que l'on peut s'améliorer.

La science nous indique que les personnes ayant un état d'esprit "Growth Mindset" ont raison. Les plus récentes recherches démontrent l'incroyable plasticité du cerveau (même à un âge avancé). Pour en savoir un peu plus, vous pouvez voir cette interview (en français) de Catherine Vidal, neurobiologiste, directrice de recherche à l'Institut Pasteur ou cette courte vidéo avec de très belles animations (en anglais).

Selon les études, environ 40% des élèves ont un état d'esprit "Growth Mindset", ce qui signifie qu'ils ne considèrent pas leur intelligence comme fixe. Par conséquent, ils n'ont pas peur des défis, apprécient les retours d'informations et réagissent lorsqu'ils ont un revers en essayant de mieux faire.

40% ont un état d'esprit "Fixed Mindset", ce qui signifie qu'il considère leur intelligence comme une entité fixe (ils pensent qu'ils sont nés intelligents ou moyennement intelligents et quoi qu'il advienne leurs capacités n'évolueront pratiquement pas). Par conséquent, ils n'aiment pas les défis, ils ont peur de l'échec, ils craignent les critiques négatives et ils préfèrent les tâches faciles (et beaucoup de félicitations parce qu'ils les accomplissent si bien !).

20 % n'ont pas un état d'esprit marqué. Il est important de noter que personne ne présente un état d'esprit "Growth Mindset" à 100% ou "Fixed Mindset" à 100%. Ce qui est décrit représente plutôt une tendance et le pourcentage dépend des thèmes d'apprentissages choisis.

Les chercheurs précisent que les états d'esprits "Growth Mindset" et "Fixed Mindset" ne se limitent pas à la période de l'enfance et à l'adolescence chez les humains. Les adultes conservent presque systématiquement une disposition d'esprit "Fixed Mindset" sur certains sujets depuis leur enfance, mais nous verrons qu'il est possible de les faire évoluer.

Le schéma suivant reprend les caractéristiques des 2 états d'esprit :


Mobirise

Comment favoriser un état d'esprit "Growth Mindset" ?

Les entreprises et leurs collaborateurs sont confrontés à des défis qu'il faut affronter à un rythme toujours plus accéléré : digitalisation, transformation des métiers, évolution des compétences, etc.

Il est devenu stratégique que les équipes apprennent, évoluent et s'adaptent rapidement.

Il serait évidemment préférable que l'état d'esprit des apprenants (nous incluons naturellement les Managers) se rapproche plus de celui de "Growth Mindset". Comment les aider ?

1. Aider chaque collaborateur à découvrir les concepts de "Growth Mindset" et "Fixed Mindset"

La plupart des collaborateurs n'ont jamais entendu parler des concepts "Fixed Mindset" et "Growth Mindset".

Le simple fait de présenter ces concepts et de démontrer les capacités plastiques du cerveau peut aider grandement.

Voici un petit graphe montrant l'impact qu'ont les interventions pour présenter le concept "Growth Mindset" sur les résultats scolaires.


Mobirise

On constate une constante amélioration des notes de mathématiques pour les élèves ayant participé à une intervention "Growth Mindset" (en vert sur le schéma) alors que les élèves des groupes de contrôle (en orange sur le schéma) n'ayant pas suivi cette intervention voient leurs résultats chuter lorsque les apprentissages progressent en complexité.

Naturellement les pratiques des enseignants (Formateurs, Coachs, Managers, etc. en entreprise) sont également déterminantes pour favoriser l'état d'esprit "Growth Mindset", comme l'illustre le schéma suivant :


Mobirise

Sur ce graphique on peut voir le nombre de problèmes que les élèves ont réussi à résoudre après un échec lorsque l'enseignant valorise soit les efforts ("Growth Mindset" ligne verte), soit l'intelligence ("Fixed Mindset" ligne orange).

Attention, le concept de "Growth Mindset", côté enseignant, a été parfois résumé par "louer les efforts, pas les résultats". C'est évidemment limitatif, car bien entendu les résultats comptent. Il semble plus judicieux de "louer les efforts et aider l'élève à tenter d'autres stratégies pour obtenir les résultats"

2. Apprendre au collaborateur à reconnaitre la voix de son "Fixed Mindset"

Etre conscient de son état d'esprit est une étape majeure. Une fois les notions de "Growth" et de "Fixed Mindset" comprises et acceptées par les collaborateurs et leur encadrement, il est important de les sensibiliser à reconnaitre dans quelle disposition d'esprit ils ont tendance à se trouver face à une situation donnée.

3 questions peuvent les éclairer :

• Quel est mon état d'esprit lorsque je dois faire face à de nouveaux défis ?

• Quelles sont mes réactions lorsque je subis un revers ?

• Quels sont mes émotions lorsque l'on me critique ?

La peur irréductible de l'échec, la volonté farouche de préserver sa dignité ou l'habitude de rejeter la faute sur quelqu'un d'autre sont des signes de "Fixed Mindset".

3. Convaincre le collaborateur qu'il a le choix

La façon dont un collaborateur envisage les défis, les revers et les critiques est personnelle. S'il a un état d'esprit plutôt "Fixed Mindset", il est bon de lui rappeler qu'il est libre de penser autrement. Par exemple en lui demandant de réfléchir aux arguments "Growth Mindset" qu'il pourrait développer vis-à-vis de personnes qui ont un état d'esprit "Fixed Mindset".

Pour information, des formations sur les concepts "Growth Mindset" et "Fixed Mindset" sont très bénéfiques pour réduire le nombre de suicide d'adolescents qui souffrent de dépression. (Avant ces interventions, les plus dépressifs ont un état d'esprit "Fixed Mindset" particulièrement marqué et ne voient pas d'issues).

4. Mettre en place un environnement favorable

L'environnement joue un rôle majeur. Si l'application d'un nouvel apprentissage n'est pas favorisée et supportée, l'impact de l'enseignement sera faible ou nul. Par exemple, en reconnaissant le droit à l'erreur, en laissant au collaborateur de s'approprier de nouvelles façons de faire, quitte à être moins productif dans un premier temps.

L'échec sera d'autant plus marqué que l'apprenant aura un état d'esprit "Fixed Mindset"

Alors, peut-on agir sur les constructions mentales qui freinent l'apprentissage et la conduite du changement ?

La réponse est clairement OUI comme le démontre les sciences sociales et les neurosciences.

Est-ce que les interventions présentant les concepts "Growth Mindset" et "Fixed Mindset" ont un impact mesurable ? La réponse est clairement OUI. C'est pourquoi aux USA des entreprises, des écoles, des universités et même l'armée mènent des opérations de sensibilisation ou de formations sur ces thèmes.

Est-ce que les enseignants, les formateurs, les coachs ou les Managers peuvent favoriser l'état d'esprit "Growth Mindset" ? La réponse est clairement OUI, mais il faut que leurs interventions répondent à certaines conditions. Nous aurons certainement l'occasion de développer ce point ultérieurement.

Pierre de Gentile / Président de  Learning and Development Business Partners.  

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